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L’une des bizarreries dans le fait de monter un spectacle au sujet de mon problème de vessie, c’est que des amis peuvent venir me voir ; des gens que je connais depuis 30 ans ont entendu parler, pour la première fois, de mes étranges habitudes concernant les toilettes à l’occasion de l’un de mes spectacles.

Par des blagues, ça passe facilement, mais quand même, à un moment, je dois revoir ces personnes. Bien sûr, ils étaient très courtois - ce n’est pas par hasard si ce sont des amis, et ils savaient que j’avais un passé médical mouvementé en quelque sorte. Ils n’en connaissaient simplement pas tous les tenants et aboutissants. (Ou peut-être que je ne devrais pas parler des sondes comme ça.)

Au cours de la tournée, j’ai passé la nuit chez un ami comédien. Faisant le même métier que moi, il connaissait mieux que personne cette sensation de « gorge nouée » lorsque l’on teste un nouveau sketch, et que l’on balance des anecdotes authentiques à un public dont on espère qu’il compatira, et rira. Il m’a montré sa chambre d’ami, et très gentiment, alors qu’il me connaissait depuis des années mais venait seulement d’entendre parler des sondes, il m’a montré la poubelle dans la salle de bains attenante, et m’a demandé s’il y avait autre chose qui permettrait à un sondeur de se sentir comme chez lui.

J’ai été obligé d’y réfléchir à deux fois. Que voulons-nous vraiment ? Je ne me suis posé cette question qu’après l’avoir évoqué publiquement. Je suis habitué à vivre avec cela et à me débrouiller seul. La seule chose à laquelle j’ai pensé, c’était juste qu’il faut savoir que je passe plus de temps dans la salle de bains. Pour le reste, faites comme si de rien n’était.

Cette manière de créer du lien en parlant d’urologie sur scène, c’est quelque chose que je n’avais pas pleinement anticipé. Des connaissances ayant des problèmes de vessie similaires ont assisté à quelques-uns de mes spectacles. C’était sympa.

À une autre date, une spectatrice qui n’avait pas vu l’affiche « Nombrilisme » mais avait lu le mot « humour » était abasourdie lorsque j’ai annoncé au début du spectacle que j’étais né avec la même anomalie qu’elle : une exstrophie de la vessie. Cette pathologie affecte 1 personne sur 70 000 et là, par hasard, nous étions deux dans la même salle. Deux rangées derrière elle, une troisième personne s’est levée et a montré son absence de nombril. Trois dans une même salle ! C’est presque un record...

Alors, des regrets ? Non, aucun. Cette inconnue, pour la première fois, rencontrait quelqu’un comme elle. Nous avions en plus le même urologue mais, bien sûr, les patients ayant le même médecin ne se rencontrent pas forcément. Donc, je suis pour la construction de ces ponts entre les gens. Parfois, cela suppose de raconter des blagues sur scène dans un petit théâtre, et parfois cela implique de passer du temps sur des forums en ligne ou de lire un blog. Comme celui-ci. Donc merci ! Heureux de vous connaître. Comme le dit le titre de l’album du groupe de rock gallois The Manic Street Preachers, This is my truth, tell me yours... (C’est ma vérité, dites-moi la vôtre...).

Les opinions exprimées ici sont de nature personnelle et anecdotique et ne doivent en aucun cas remplacer l’avis médical d’un professionnel. En cas de questions, vous devriez toujours consulter votre médecin ou votre infirmier(ère).

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